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Si nous sommes dans une simulation, pourquoi Dieu permet-il le cancer ?

Le problème du mal, réactualisé. Si des êtres avancés ont codé notre réalité, pourquoi inclure la souffrance ? Cinq réponses de la philosophie et de la physique.

8 min de lecture 1874 mots /a/theodicy-in-simulation

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Théodicée dans la simulation : pourquoi les créateurs permettraient-ils la souffrance ?

Résumé : Si nous sommes dans une simulation gérée par une civilisation avancée, pourquoi contient-elle tant de souffrance ? C’est l’ancien problème du mal, reformulé pour l’ère numérique. La question théodicéenne traditionnelle — « pourquoi un Dieu bon permettrait-il le mal ? » — devient « pourquoi des simulateurs éthiques créeraient-ils un monde avec famine, génocide et cancer infantile ? » Les réponses pourraient être les mêmes.

Pourquoi cela compte pour la post-pénurie : Le cadre ne prétend pas résoudre le problème de la théodicée. Mais il fait un mouvement pratique : quelle que soit la raison de la souffrance, réduire la souffrance inutile est une mission centrale. La Fondation garantit que personne ne souffre par manque de ressources. Le mystère philosophique demeure ; la réponse pratique est claire.


Le problème énoncé

Les philosophes l’appellent le problème de la théodicée, du grec theos (dieu) et dike (justice). La version formelle :

  1. Si Dieu est omnipotent, Dieu peut empêcher la souffrance
  2. Si Dieu est omniscient, Dieu connaît la souffrance
  3. Si Dieu est bienveillant, Dieu veut empêcher la souffrance
  4. La souffrance existe
  5. Donc, un Dieu omnipotent, omniscient et bienveillant ne peut exister

La version simulation :

  1. Si les simulateurs sont assez avancés pour créer notre univers, ils pourraient créer un univers sans souffrance
  2. S’ils surveillent la simulation, ils connaissent la souffrance
  3. S’ils sont éthiquement évolués (comme le seraient présumément des civilisations avancées), ils voudraient empêcher la souffrance inutile
  4. La souffrance existe en abondance
  5. Donc, soit nous ne sommes pas simulés, soit nos simulateurs ne sont pas bienveillants, soit nous manquons quelque chose

Explorons ce que nous pourrions manquer.


L’hypothèse du terrain d’entraînement

Peut-être la simulation existe-t-elle précisément pour présenter des défis moraux.

Le philosophe David Chalmers suggère que des simulateurs éthiquement avancés pourraient voir la souffrance non comme de la cruauté mais comme une friction nécessaire à la croissance — comme nous voyons les niveaux difficiles de jeux vidéo comme essentiels à l’expérience.

Considérez : un jeu sans défi n’est pas un jeu. Une histoire sans conflit n’est pas une histoire. Une vie sans difficulté pourrait ne pas produire le type de développement de la conscience que la simulation est conçue pour générer.

L’analogie de la salle de musculation

Les muscles se développent par le stress. Le confort produit l’atrophie. Si le but de la simulation est le développement de la conscience, le défi pourrait être le mécanisme, non le bug.

Cela ne rend pas la souffrance plaisante. Les poids sont lourds par conception. La question est de savoir si la lourdeur sert un but.

L’analogie de la classe

L’éducation implique une lutte productive. Un enseignant qui donne aux élèves toutes les réponses produit des élèves qui ne peuvent pas penser. L’apprentissage véritable nécessite de se confronter à la difficulté.

Si la simulation est éducative, la souffrance pourrait être pédagogique.


L’exigence du libre arbitre

Peut-être le développement moral véritable nécessite-t-il la possibilité d’un mal véritable.

Une simulation où seuls les bons choix existent ne produirait pas des êtres capables de vraie vertu — seulement des êtres incapables de vice. Vous ne pouvez pas être courageux sans danger, généreux sans besoin, gentil sans l’option de la cruauté.

Le paradoxe de la vertu

C.S. Lewis soutenait que la vertu nécessite la possibilité véritable du vice. Un monde où vous ne pouvez pas être cruel n’est pas un monde où vous êtes gentil — c’est un monde où la gentillesse n’a pas de sens.

Si la simulation vise à développer des agents moraux, elle doit permettre un vrai choix moral. Le vrai choix moral inclut l’option de mal choisir. Les mauvais choix, agrégés, produisent la souffrance.

Le problème de l’amour

Pouvez-vous aimer si vous ne pouvez choisir de ne pas aimer ? L’amour forcé n’est pas de l’amour. Si la simulation est conçue pour développer des êtres capables d’amour authentique, elle doit permettre des êtres capables de haine authentique.

La souffrance causée par la haine est le prix pour que l’amour ait du sens.


La contrainte multijoueur

Dans une simulation avec des milliards d’êtres conscients, leurs choix libres entrent inévitablement en collision.

Votre liberté de balancer votre bras rencontre mon visage. Un monde où chacun peut agir librement est un monde où ces actions entrent parfois en conflit. Le mal pourrait ne pas être conçu par les simulateurs mais émergent des interactions d’agents libres.

La physique de la liberté

Imaginez une simulation avec liberté individuelle parfaite et souffrance zéro. Vous voulez lancer une pierre ; la pierre traverse sans mal ce qu’elle pourrait blesser. Mais alors la physique est incohérente. Et l’incohérence physique rend l’apprentissage impossible.

Physique cohérente + agents libres = collision inévitable.

L’effet réseau

Avec des milliards d’agents prenant des billions de décisions, la souffrance pourrait être statistiquement inévitable. Non conçue, mais émergente. Les simulateurs pourraient avoir créé les conditions de la souffrance sans créer la souffrance elle-même.

Cela déplace la responsabilité des simulateurs vers les simulés. Nous causons la souffrance les uns des autres par nos choix. La simulation fournit juste l’arène.


L’hypothèse du contexte plus large

Peut-être notre souffrance est-elle mineure dans un contexte que nous ne pouvons percevoir.

La comparaison avec le personnage

Dans une histoire, les personnages souffrent terriblement. Mais le lecteur sait que c’est une histoire. La souffrance du personnage est réelle dans l’histoire, mais contenue dans un cadre plus large où elle fait partie de quelque chose de significatif.

Si nous sommes simulés, notre souffrance pourrait être de même contenue. Réelle pour nous, mais partie d’un motif plus large que nous ne pouvons voir de l’intérieur.

L’argument temporel

Les simulations pourraient avoir des échelles de temps différentes. Ce qui nous semble des décennies de souffrance pourrait être des microsecondes pour les simulateurs. Cela ne réduit pas notre expérience, mais cela pourrait affecter comment les simulateurs perçoivent le poids moral.

L’hypothèse de la restauration

Certaines traditions théologiques proposent apokatastasis (grec pour « restauration à l’état original ») — l’idée qu’à la fin, toute souffrance est guérie, tout dommage réparé, tous les êtres restaurés à la plénitude. L’enfer, s’il existe, est temporaire ; tout le monde rentre finalement à la maison. Si la simulation continue après ce que nous appelons « mort », la souffrance pourrait être temporaire d’une manière que nous ne pouvons actuellement percevoir — un chapitre difficile dans une histoire qui finit bien pour tous.


Les limites de la théodicée

Aucune de ces réponses n’est pleinement satisfaisante. Elles ont toutes le même problème fondamental : nous essayons d’expliquer la souffrance de manière à la rendre acceptable, alors que peut-être la souffrance ne devrait pas être acceptable.

Le problème de Job

Le Livre de Job — l’un des plus anciens textes de la Bible hébraïque — aborde la théodicée en refusant d’y répondre. Job est un homme juste qui perd tout : richesse, enfants, santé. Ses amis insistent qu’il doit avoir péché (le modèle de punition). Job insiste qu’il ne l’a pas fait et exige une explication. Dieu finalement répond — non avec une explication mais avec des questions : « Où étais-tu quand j’ai posé les fondations de la terre ? »

Le message : vous n’êtes pas équipé pour évaluer l’image complète. Peut-être est-ce honnête. Peut-être est-ce une esquive. Probablement les deux.

Le risque moral

Chaque théodicée risque de devenir une façon de rejeter la souffrance. Si la souffrance est « pour votre bien », pourquoi l’alléger ? Si la souffrance est « karma », ceux qui souffrent le méritent-ils ?

La réponse du cadre de la post-pénurie : quoi que soit la raison pour laquelle la souffrance existe, réduire la souffrance inutile est un impératif central. La théodicée est une question philosophique ; réduire la souffrance est un impératif pratique.


Ce que le cadre de la simulation apporte

L’hypothèse de la simulation ne résout pas la théodicée, mais elle ajoute de nouvelles considérations :

Indépendance du substrat

« L’indépendance du substrat » signifie que la conscience pourrait ne nécessiter aucun matériau particulier pour exister — elle pourrait fonctionner sur des neurones biologiques, des puces de silicium, ou autre chose entièrement, comme un logiciel peut fonctionner sur différents ordinateurs. Si cela est vrai, la mort pourrait ne pas être la fin de l’expérience ; le motif qui est « vous » pourrait continuer sous une autre forme. Les enjeux de la souffrance pourraient être différents de ce qu’ils paraissent.

Limitations du concepteur

Les simulateurs pourraient être avancés mais pas omnipotents. Ils pourraient faire face à des contraintes que nous ne pouvons percevoir — limites computationnelles, directives éthiques, compromis de conception.

Visibilité du but

Si nous sommes simulés, il pourrait y avoir un but que nous pouvons éventuellement découvrir. Contrairement à la théodicée traditionnelle (où les raisons de Dieu sont inscrutables), la théodicée de la simulation suggère que les raisons pourraient être trouvables — dans les journaux, dans le code, dans la communication avec les simulateurs.


La réponse de MOSAÏQUE

le cadre de la post-pénurie prend une position pratique sur la souffrance :

  1. Ne résolvez pas le mystère. La théodicée est véritablement difficile. MOSAÏQUE ne nécessite pas de la résoudre.

  2. Réduisez la souffrance inutile. Quel que soit le but cosmique de la souffrance, La Fondation vise à éliminer la souffrance causée par le manque de ressources.

  3. Protégez le choix de souffrir. Certains choisissent des chemins difficiles (ascètes, aventuriers, artistes). Le cadre protège ce choix tout en éliminant la souffrance contrainte.

  4. Maintenez la diversité des réponses. Les Communs du Patrimoine peuvent croire que la souffrance est la volonté de Dieu. Les Communs de la Synthèse peuvent croire que la souffrance est une inefficacité computationnelle. Les deux peuvent travailler ensemble pour la réduire.


Une note personnelle

L’auteur du Chapitre 7, réfléchissant sur sept années à observer des particules scintiller dans et hors de l’existence au CERN, note :

« Nous ne savons pas pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Nous ne savons pas pourquoi ce quelque chose inclut la souffrance. Mais nous savons que la souffrance est réelle, et nous savons que nous pouvons parfois la réduire. Peut-être est-ce suffisant pour agir. »

La théodicée demande pourquoi la souffrance existe. le cadre de la post-pénurie demande ce que nous faisons à ce sujet. Les deux questions comptent. La seconde est plus actionnable.


Articles connexes


Lectures complémentaires

  • David Chalmers, “The Virtual and the Real” (2017)
  • Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil (1974)
  • John Hick, Evil and the God of Love (1966)
  • Nick Bostrom, “Are We Living in a Computer Simulation?” (2003)
  • Le Livre de Job (Bible hébraïque)

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